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Marie Louise



Couleur Pourpre

À toute épreuve



roman























Pour les amoureux des livres.

À toutes les lectrices et tous les lecteurs,

faites de cet ouvrage, une lecture passionnante…

***





… À mon défunt frère Ray.

À mes deux fils,

À mes superbes filles…





***

Copyright 2018 © Marie Louise.

Tous droits réservés.

Toute reproduction est interdite.

Conception de la couverture : Marie Louise

Publié chez Smashwords

***

Tables des matières

Une fleur contre l'oubli

Prologue

Chapitre un

Chapitre deux

Chapitre trois

Paroles de bienveillance

Épilogue

Mes remerciements

Bibliographie

Une fleur contre l’oubli

Le temps passe, au fur et à mesure trépasse,

S’effacent les horribles souvenirs qui angoissent.

Les tristes pensées, apprenez à les rejeter,

Ainsi que vos blessures et laissez-les dans le passé.



Petit à petit, les douleurs du cœur s’en vont,

Reprennent goût à la vie, ceux et celles qui resteront,

Un futur propice à un oubli envisagé,

Que le temps cesse ses caprices et vous laisse avancer.



Profitez à bon escient, ces jolis instants présents,

Montrez vos belles dents, restez toujours souriant,

Maintenant que vous avez atteint ou dépassé l’âge,

Pliez bagage et partez pour un autre voyage.



Les traces du passé, derrière vous les laissez,

Au loin à l’horizon, vous les rejoignez,

Le reste de la troupe que vous avez longtemps bercé,

La sentence est levée, maintenant reposez en paix.



À toutes celles et ceux qui ont perdu leur précieux.

Toute ma sympathie.

De Marie Louise







Prologue

Amertume du passé…

Quand le passé refait surface, il est difficile de l’oublier, difficile d’accepter la réalité et aussi difficile que douloureux, de repenser à ce terrible incident survenu tragiquement causant la perte de l’être cher et le regret de ne plus être à ses côtés. Tellement désolée de ne pouvoir remonter le temps pour dévier ce drame funeste. Il est parti, vous laissant seule dans ce désespoir avec un cœur accablé de tristesse.

Damnée celle qui est née la dernière et victime des délires d’une dictatrice dévorée par la culpabilité, pervertie par les démons, vous accusant de toutes les calomnies mensongères, rejetant sur vous la médiocrité de sa vie en rendant la vôtre difficile. Telle est l’adepte de la magie noire, vous jetant une puissante malédiction à laquelle il est impossible de s’y soustraire.

Tout semble si confus, si ambigu. L’atmosphère est pesante et déconcertante. Dès lors vous apercevez, petit à petit, que les liens qui unissaient cette fratrie, se brisent peu à peu. Chaque acte, chaque fait et chaque geste semblent vous trahir. On vous utilise, on vous juge, on vous bouscule et on vous écrase effrontément. La moquerie est de rigueur, la barbarie s’installe et le danger vous guette quotidiennement.

Vous êtes comme une marionnette disloquée, balancée de tous côtés, une proie facile libérant ce trait de caractère fragile qui fait de vous une victime potentiellement ciblée. C'est un cercle vicieux me direz-vous, oui ! Vous êtes sans défense et en dépit de votre faiblesse, vous forgez une armure d’une grande robustesse. Malgré les intempéries, vous continuez à garder le sourire, parfois même, vous éclatez de rire.

La route est longue et sinueuse, il faut prendre conscience et sortir de ce sommeil. Le temps joue contre vous, il n’y a plus une minute à perdre, trouver une solution ou demander de l’aide. Plus facile à dire qu’à faire. Mieux vaut prendre sur soi, endosser, assumer les conséquences. Comme le dit l’adage populaire : « Le courage n‘est pas l’absence de peur mais la capacité de la vaincre ». Sachez que, si on ne vous tend pas la perche, diantre et au diable la vermine. La culpabilité ne fait pas de vous une misérable, la vie n’est pas une crucifixion, tout au long elle vous façonne, vous grandissez et vous apprenez de vos erreurs. Malgré tout, la plaie reste ouverte et béante.

Cette blessure se refermera-t-elle un jour ?  Dieu seul sait, ou du moins, s’il en existe un. Le passé reste au passé, le présent suit son cours et le futur sera votre demain. — Il n’y a ni professeur, ni maître, ni mentor pour vous donner des leçons, sur « comment gérer votre vie », ni de recette miracle « pour devenir un adulte accompli ». Les souvenirs restent, les événements du passé sont gravés à jamais dans votre esprit et continueront à vous hanter jour et nuit. Malgré tout, apprenez à tirer profit de l’enseignement acquis, envers et contre tout, que votre expérience de la vie vaut la récompense garantie de votre sagesse absolue.

« Le temps qui passe finira bien par effacer les traces. »

Chapitre un

Initiation à la vie…

Dès votre naissance, une histoire commence. Le livre est ouvert, tout en haut de la page est écrit votre prénom. En grandissant, vous l’adopterez ou bien vous le haïrez. Encore un heureux événement et le dernier, assurément, pour une mère habituée à l’enfantement. Auparavant, cinq de son défunt mari et deux de son second. Ce fut ainsi, Marie la dernière-née de la famille. L’accomplissement est achevé, une étape franchie, un père comblé, une mère fatiguée, vint le moment de rentrer.

Votre petit nid douillet bien préparé, vous attend pour le baptiser. Deux ans d’écart entre chaque enfant, pas si étonnant pour une mère qui aimait faire la volonté de Vénus. On entend plus que vos gazouillements, vos pleurs, vos cris, le bébé s’est réveillé, donnez-lui son lait. La tribu est aux aguets, le petit bout de chou est vivant et en bonne santé. Être un nourrisson a ses avantages, vous êtes une distraction, un divertissement, le point central de l’occupation. Vos parents vous confient à vos ainés en l’absence d’une matinée.

Le temps passe, vous êtes tel un bourgeon attendant de se transformer ou telle une chrysalide espérant d’émerger. Votre ligne de vie est tracée et tout semble être parfait bien qu’on vous initie à la pratique catholique dès deux ans, et vint le temps du sacrement « le baptême ». Cette cérémonie destinée à vous laver de vos péchés, bien sûr « si telle est leur volonté », vous liant à deux engagés appelés pour vous suivre dans une solennité imposée. Probablement, vous les croiserez sur votre chemin, savoir qui sera le plus dévoué pour vous choyer. L’avenir vous le dira, c’est certain.

Vous êtes la petite marmotte qui grandit lentement mais sûrement. Fini les couches culottes, l’apprentissage est rude mais vous parvenez à vous y habituer. Les années se succèdent, trois ans, quatre ans, cinq ans, vous êtes un enfant sage et en plein épanouissement. Les visages se dessinent, vous portez un regard neuf et émerveillé sur votre environnement. Vous passez le cap de la maternelle à la grande section, aux heures des siestes interminables où les nounous profitant de leur autorité pour donner des coups à ceux ou celles n’ayant pas les yeux fermés.

— Éradiquons cette monstruosité, enfermons ces satanées, l’audace de s’en prendre à ces petits corps fragilisés. 

— Vous, les mamans, veillez bien à ce que vos enfants ne soient plus blessés ni victime de cette absurdité.

— Non, effaçons ces mauvaises pensées, peut-être que maintenant c’est fini, l’époque est révolue. 

Le temps de la sixième année pointait le bout de son nez, année 1979. Pour la petite, ce fut une nouvelle rentrée. Le cours préparatoire, dans la même école, avec la même enseigne, le début d’une longue et périple scolarité s’annonçait. Entre la lecture de « Daniel et Valérie », l’écriture « l’alphabet en majuscule » et les mathématiques « apprendre à compter », tous les soirs en rentrant à pied, en passant par le petit sentier, avec ses frères et sœur ainés, un petit goûter et prête pour la fessée. Une mère qui ne comprenait pas pourquoi sa fille manifestait tant de préférence pour sa main gauche. Tout le monde à la maison était droitier, exceptée Marie. Elle avait tout essayé, rien à faire, cette enfant s’obstinait à vouloir écrire avec sa petite menotte préférée.

 — Prends ton stylo dans ta main droite et fais l’effort d’écrire proprement ! Une mère qui semblait perdre patience, finit par la molester.

Elle n’arrivait plus à voir son cahier tellement les coups étaient exagérés. Cette souffrance l’obligea à déverser son flux torrentiel imbibant son cahier de son liquide adipeux. Pauvre petite, si tel était son fardeau, elle devait le supporter. Ce qui dépassait la mesure normale était son exagération, son outrance, son débordement dans ses propos. Elle l’obligeait à exécuter, selon sa volonté, la bonne manière de procéder, tout en continuant de la brusquer. Faute d’application et de compréhension, afin de montrer qu’elle n’avait rien anticipé, arracha la page de son cahier. Elle finit par abandonner, ne pouvant l’apprivoiser comme les autres, passa le relais à son fils ainé qui vint la sauver et lui arracher des griffes de ce vilain monstre. Il semblait prêter attention aux choses de la vie, gardait toujours une place spéciale dans son cœur pour la famille et n’aimait pas les blesser ou les voir souffrir. Les méthodes que sa mère pratiquait, l’offusquait profondément, il était touché jusqu’au cœur. Souvent il couvrait leurs défauts et trouvait des excuses pour les innocenter. Il prit les rênes et calma ses sanglots, sans trop de difficulté la petite remonta la pente et remporta une victoire en finissant ses devoirs. Dorénavant c’était lui son professeur, la gamine se réjouissait d’avance, pressée de rentrer pour ouvrir son cahier. Maintenant elle se sentait rassurer, le grand frère à ses côtés, personne ne pouvait plus la toucher.

— Hip, hip, hip, hourra ! acclamait la p’tite qui se faisait délibérément tabasser.

Elle courait dans tous les sens sans retenue, comme une petite folle, savoir que son frère la protégeait, la rendait heureuse. La vie devenait plus cool, plus simple et plus tranquille, même si les autres recevaient leur lot de châtiments pour une ou deux bêtises loin d’être alarmantes. Des coups de ceinturon qui débarquaient sans appel et tout le monde en payait le prix, sauf Marie. Les coups pleuvaient, sa mère abusait. Quand elle frappait, c’était ahurissant, désolant et triste en même temps. Elle se servait adéquatement de la colère pour les massacrer et l’exprimait avec toute son intensité. Quelle humiliation ! Recevoir des coups et hurler comme des chiens battus était une insulte qui portait atteinte à leur réputation et à leurs petites personnes sans défense dont les enfants aux alentours se moquaient insatiablement. Malheureusement, l’ainé s’était absenté et n’était pas là pour les sauver, ils optèrent pour un plan « B ». Éreintés, les enfants prirent la fuite et allèrent se camoufler chez les bons voisins d’à côté, Monsieur et Madame Gabardin, le temps que le « yéti » se radoucit et oublie les petits ennuis. Pas la peine de leur courir après. Les ainés rentraient avant la nuit tombée, apeurés, sagement accompagnés des âgés. Il fallait absolument se faire pardonner et le mal était vite oublié.

— Allez, dormez bien. Demain si vous ravagez comme aujourd’hui, vous savez ce qui vous attend ! Maman yéti expédia ses petits au lit en leur souhaitant bonne nuit.

Ce n’était pas « Le massacre de la Saint-Barthélemy » ni « l’apocalypse now » détrompez-vous. La vie avait son lot de consolation. Elle savait faire plaisir à son petit monde quand il fallait. Religieuse dans l’âme, elle accordait de l’importance aux messes, à la fête et aux traditions. Elle savait gérer, coordonner et organiser pour de nombreuses occasions. Ses hôtes étaient accueillis chaleureusement. D’ailleurs tout le voisinage prêtait main forte pour les grandes célébrations. On l’appréciait énormément malgré sa sévérité envers ses enfants. C’était la grande couturière du village, son travail était remarqué car les commérages se faisaient naturellement. Pas besoin de publicités pour attirer les dindons dans son filet. De bouche à oreille, les commandes venaient des proximités et sa spécialité était les robes de mariées. Elle n’arrêtait pas de travailler, constamment elle faisait tourner sa précieuse manivelle, revêtue d’un noir brillant, aux bordures argentées et aux motifs dorés. Personne n’étendrait le bras pour titiller la bête et n’oserait la casser. Avant tout, elle prenait soin de ce magnifique joujou et c’était son gagne-pain journalier. Elle considérait que la vie était dure et ne tolérait pas le gaspillage de la nourriture. À nouveau, elle leur abreuvait de ses propos futiles et les exprima qu’une seule fois en insistant sur ses mots :

— Ce repas qui vous a été donné, est un bien précieux. Alors soit vous le finissez ou soit je vous force à le finir, COMPRIS ! Sa voix portait et les frappait de frayeur.

— OUI MAMAN !  Disaient les enfants, tous en chœur, ses petits terrifiés, restant bouche bée, se gardaient de l’énerver, autant ne pas attiser le feu.

La flamme qui semble éteint dort souvent sous la cendre. Qui s’y frotte, s’y brûle…

Il valait mieux laisser le volcan ensommeillé. Personnellement Marie était comblée, au côté de son grand « dada Simon ». C’était comme ça qu’elle l’appelait et c’était comme ça qu’elle le définissait, le plus fort et le plus courageux pour défier l’adversité. Malgré tout le respect qu’il avait pour sa mère bien-aimée, il protégeait pour la énième fois ses frères et sœur cadets quand la situation devenait désespérée. C’était héroïque, fabuleux et majestueux, belle figure et noble au cœur, par excellence, comme si son appartenance se définissait par une royauté divine. Mais depuis qu’il avait repris son travail de mécanicien, Marie devait se faire toute petite comme une souris, attendre le retour de son grand « dada » adoré. Plus besoin d’avoir des râclées maintenant qu’elle était devenue une élève douée grâce à son coach préféré, si bien que l’absence de son père n’affectât pas son moral.

Un père dont la présence se faisait rare à la maison. Il travaillait dur sur un gros chantier jusqu’à très tard dans la soirée et n’avait plus le temps de rentrer. Quand il trouva enfin une opportunité, il dorlota son foyer :

— Enfilez vos maillots et bikinis, on part à la plage aujourd’hui ! 

Le top chrono était lancé. L’agitation atteignait son paroxysme, tel un troupeau d’éléphants piétinant le sol pour le prochain point d’eau. C’était l’effervescence totale et le vacarme assourdissant. La maison se remplissait de bruits d’enfants, heureux et contents de quitter un moment ce lieu.

Tout ce petit monde s’embarquait dans la camionnette bâchée, bien entendu le paysage était masqué, on pouvait juste voir la ribambelle de voitures qui se suivaient à la queue leu leu. Évidemment, ce changement leur plaisait et rien ne pouvait arrêter leur élan.

 Le pire des risques est de ne pas se faire prendre…

En connaissant toutes les conséquences, les grands restaient derrières et la petite devant. Il fallait tout simplement éviter les désagréments. Bien entendu, le risque était assurément grand, pas d’attache pour sa sécurité et obligé de la dissimuler quand les flics circulaient. Ce n’était pas amusant de se faire trimballer comme un gros paquet, pas de vue sur le trajet, heureusement qu’il y avait une arrivée.

Cette magnifique matinée offrait une vue imprenable sur l’horizon, une mer agréable, calme et scintillante, les nuages se dissipaient laissant place à ce ciel spectaculairement azuré. La baignade était sans danger à tel point que leur mère trempa ses pieds gonflés dans cette eau salée.

— Allez venez, venez les enfants, profiter de cette eau tant qu’elle est tiède. 

La mère semblait heureuse et décontractée. Enfin, elle sortait de cette routine habituelle, oppressée par le travail quotidien, elle savourait ce moment, ce présent et appréciait l’horizon qui paraissait comme un trait de scie flouté. Les rayons du soleil lui donnaient un brillant intense aux yeux et les éblouissait un tant soit peu, adoptant au visage un rictus grimaçant. Marie pensait qu’elle souriait et la voir dans cette forme olympique la rendait joyeuse. Les ainés, quant à eux, avaient toute la possibilité de jouer comme ils voulaient dans l’eau. Inutile de nier quand ces mômes s’excitaient, les batailles dégénéraient, Marie les imitait. Même si certains avaient dépassé l’âge pour ces enfantillages, ils restaient quand même des énergumènes ravagés. Entre temps, leur mère ramassait toutes sortes de coquillages, sûrement pour garder le bon souvenir de cette excursion partagée. Pelles et seaux en main, ils s’empressèrent de construire, à leur guise, de beaux châteaux. Celui de Maëlle ressemblait davantage à un gros pâté aussi disgracieux, ventru et difforme comparable à une crème chantilly suintant de ses extrémités par sa proportion exagérée. Jamil prenait tout son temps. Il faisait des ronds, des carrés, des triangles. Apparemment il semblait s’amuser même si ses créations ne convenaient pas au thème prévu. Jérémy et Deck s’appliquaient avec précision pour concevoir une construction spectaculairement grandiose. C’était la plus belle des forteresses, avec un édifice épais adoptant de chaque côté quatre tours cylindriques, entourée par un grand fossé rempli d’eau, terminé par un pont qui l’enjambait. Marie, quant à elle, ne savait pas en faire, elle avait de toutes petites mains et puis elle n’en avait pas besoin. Elle détestait son aspect granuleux, cette texture qui ne l’amusait pas beaucoup, manifestant sa répugnance par une vilaine grimace :

— Beurk ! C’est dégoûtant ! Disait-elle en zozotant, tout en faisant couler une poignée de sable entre ses doigts.

Elle préférait taper du pied dans l’eau et marcher dans le sable mouillé pour faire de grosses pattes d’éléphant et cet instant la divertissait. La courbe arrondie de son ventre épousait son petit maillot de bain une pièce. Sous sa crinière d’ébène se dessinait un petit visage d’ange tout arrondi. La chance qu’elle ait eue, d’avoir de si jolis petits yeux, d’un beau marron pailleté de gris et des joues toutes joufflues, tout était parfait.

 Tout début est important et l’important c’est de vivre l’essentiel et chacun a son essentiel…

Et ce fut le cas pour cette mi-journée si plaisant qu’aucun enfant aurait renoncé. Une récré survoltée rendant ces petits affamés, il était l’heure de manger. Et puis quelques ventres grognaient suffisamment et ne demandait qu’à être assouvis pleinement. Aussitôt, la petite troupe se rendit à la douche publique avant de s’attabler.

À leur grande surprise, il y avait de quoi se régaler, cette gourmandise unique valait la peine qu’on l’apprécie avec de grands yeux avant d’être ingurgiter. La grande table était remplie à souhait, ils ne pouvaient s’imaginer une si grande quantité pour satisfaire leurs petites brioches. Pleins de mets délicieux étaient mis côte à côte sur la nappe brodée que leur mère avait précautionneusement confectionnée. Manifestement, la distribution des places se faisait tour à tour, les enfants n’avaient qu’une chose à faire, tout simplement se taire et s’asseoir à l’endroit indiqué. Une matriarche qui tenait absolument que ses petits soient disposés dans un ordre précis. Le père, lui, ne disait rien, ne faisant qu’observer, attendant que tout le monde fût installé et avec contentement, leur souhaita un « bon appétit ». Que voulez-vous, on ne change pas les vieilles habitudes, même si derrière les peurs presque enfantines se cachait une croyance, une mère reste une mère et l’habitude d’une mère ne peut être désapprouver ni contester.

Au fur et à mesure, l’endroit se remplissait, une foule arrivait, prenait leurs aises, glacière et boissons à gogo, le tout paré pour « une pique-nique party » et ne se gênait pas pour faire quelques photos avant d’avaler un bout de fromage et des rondelles de saucisson. La mer avait cette odeur particulière qui montait au nez sans trop suffoquer, avec cette petite brise fraîche qui venait tendrement décoiffer la crinière. C’était l’instant magique, le bonheur d’une grande famille autour d’une table bien garnie. Dommage que son grand « dada Simon » n’était pas avec eux, il avait en permanence le nez dans les moteurs et les mains dans le cambouis, dans ce vieux garage pourri. Il ne s’accordait aucune délivrance et puis ce n’était pas son favori les sorties en famille. « Le travail, il n’y a que ça de vrai disait-il, seul l’esprit peut adhérer et donner un sens à la vie. »

Dans un climat de sérénité et de total accomplissement pour les bides bien remplis, ce solide repas prit fin. Après tout, cette voracité semblait être la revanche des jours d’avant, une pause était bien appréciée à sa juste valeur. Comme à l’accoutumée, les enfants s’exécutaient à la tâche et tout le monde y mettait du sien pour maintenir la propreté du petit coin, une étape peu préoccupante et peu contraignante pour les plus paresseux, cette activité en plein air restait un moment délicieux.

Le voyage vers la détente avait commencé, le père se cala sur sa fréquence radio préférée, Les ainés s’attaquaient aux jeux de société, en ajustant à leurs corps fluets, une posture qui convenait sur ce tapis de sol et leur mère lisait les magazines de voyage tout en se régalant de cette magnifique journée. Marie profitait de ce beau paysage pour mettre toutes ces couleurs sur du papier, en les faisant danser sur les lignes qu’elle traçait. Elle ne put dominer sa fatigue et piquât du nez dans les minutes qui suivirent sa chute comme un petit oiseau, en vol piqué, visant le sol pour atterrir à l’endroit souhaité. Contrairement, elle descendait différemment pour un court instant dans un univers joyeux et onirique. La voyant ainsi tomber, la tête la première, sa mère l’installa sur le tapis en patchwork coloré, agrémenté, tout autour, de petites perles modelées en pâte polymère. Il est vrai qu’elle a su déguster pleinement cette belle matinée avec un enthousiasme excessif et débordant de joie et d’admiration. L’air était tiède cette après-midi et la petite brise semblait faire son effet. Des souffles légers passaient dans les filaos profitant de cette aubaine pour disséminer leurs quelques graines. Certaines, par éclaboussure, iront coloniser les recoins de ce milieu et permettra au cycle de la vie, une perpétuelle renaissance. La mer était trop calme et ne permettait pas aux surfeurs de décoller de la vague, juste des canoés kayaks qui flottaient gentiment. Les enfants étaient tout excités et prêts à se relancer dans une nouvelle séquence et repartir à la conquête de l’eau, un départ qui n’attendait que le feu vert de leur mère :


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